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Parlons lecture – Web versus papier : les nouveaux lecteurs

Mercredi 6 août 2008

Si vous pensez que je vais parler d’un livre que j’ai lu, détrompez vous. Le papier, c’est bien trop 90’s. (Je plaisante hein…) Nous allons aborder la délicate thématique de la transition qui s’effectue aujourd’hui chez la génération adolescente. Celle qui, à 8 ans, trainait déjà sur MSN. Celle qui ne consomme presque plus la télé. Celle qui a radicalement changé sa façon de lire, comme nous le rapporte un article du New York Times.

L’exemple de la jeune Nadia, 15 ans, déjà addict au Web est flagrant. Mais ne croyez pas que cette génération qui arrive est une copie du célèbre « Clément le No Life », passant son temps à regarder des clips de hardcore et à draguer des filles par webcam. Non.

Cette génération lit peut-être bien plus que ce que la nôtre n’aura pu lire.

Deborah Konyk, would prefer that Nadia, who gets A??s and B??s at school, read books for a change. But at this point, Ms. Konyk said, ??I??m just pleased that she reads something anymore.?

Children like Nadia lie at the heart of a passionate debate about just what it means to read in the digital age. The discussion is playing out among educational policy makers and reading experts around the world, and within groups like the National Council of Teachers of English and the International Reading Association.

Cette question; « qu’est ce que la lecture à l’ère digitale », est elle le point de remise en cause du traditionnel modèle « thèse anti-thèse, synthèse » qui a régi l’organisation de la pensée écrite dans les livres depuis l’antiquité ? Le Web a permis de se défaire de la linéarité du propos, grâce à l’hyperlien. Pour Rand J Spiro, professeur de la Michigan State University, et expert des nouvelles pratiques en ligne, rien de plus logique, tandis que pour d’autres, le Web n’a jamais été qu’une source de distraction.

« That??s a good thing because the world doesn??t go in a line, and the world isn??t organized into separate compartments or chapters »

Some traditionalists warn that digital reading is the intellectual equivalent of empty calories. Often, they argue, writers on the Internet employ a cryptic argot that vexes teachers and parents. Zigzagging through a cornucopia of words, pictures, video and sounds, they say, distracts more than strengthens readers. And many youths spend most of their time on the Internet playing games or sending instant messages, activities that involve minimal reading at best.

New York Times

Les effets de cette pluridisciplinarité qu’offre Internet en matière de contenu, faisant régresser la lecture « papier » quotidienne chez les jeunes d’un tiers de la population à moins d’un cinquième, sont ils si néfastes ? Pour Diana Gioia, présidente de la « National Endowement for the Arts » (un peu le ministère de la culture) il n’en est rien. Internet fournit une quantité d’information tellement massive, qu’il pourrait aussi bien subvenir aux besoins de développement intellectuel, qu’une lecture assidue.

they provide no measurable substitute for the intellectual and personal development initiated and sustained by frequent reading.

New York Times

Certains s’avanceraient même jusqu’à donner l’avantage à la toile :

Web proponents believe that strong readers on the Web may eventually surpass those who rely on books. Reading five Web sites, an op-ed article and a blog post or two, experts say, can be more enriching than reading one book.

??It takes a long time to read a 400-page book,? said Mr. Spiro of Michigan State. ??In a tenth of the time,? he said, the Internet allows a reader to ??cover a lot more of the topic from different points of view.?

New York Times

Il est bien évident que la lecture offline reste toujours une des meilleures sources d’information, et de culture. Cependant, si l’on s’attache uniquement au contenu, le Web est une alternative très efficace. Il fournit généralement ce que l’on veut savoir. Ni plus, ni moins. Et c’est là que le vrai problème réside, selon moi : Faut-il passer outre les informations que l’on juge « inutiles » sur le coup, lorsqu’on lit un livre?

Je ne pense pas. Les bouquins apportent souvent « plus » que le nécessaire dans le sens où ils sont généralement complétés par des détails contextuels: par exemple pour les bouquins d’Histoire où de Géo. On en prend toujours « un peu plus » qu’on le veuille ou non. De même, tout le monde a pu se forger un peu de culture générale en lisant des romans de capes et d’épées, et en s’intéressant aux petites notes de bas de page. ?videmment, le Web permet aussi cela. Il permet même d’aller chercher encore plus de détails, pourvu qu’on s’en donne la peine. Mais la différence fondamentale, c’est que l’on peut, sur le Web, refuser cette part d’information « non nécessaire » sur le moment, et forcément passer à côté de quelque chose. Du petit détail qui pourrait servir un jour ou l’autre. Mais si on part dans une démarche personnelle de culture, alors là, Wikipedia et ses liens internes vous tendent les bras. Malgré ce qu’en pensent beaucoup de profs…

Le NYT a également dressé un petit schéma très explicite, sur les nouvelles méthodes de consommation du média écrit, comparé à la lecture linéaire :


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2 Commentaires »

crousti myrt:
6 août 2008 à 12:36

merci pour cet article msieur.
Vaste débat, au final tout dépend de ce que l’on attend de la lecture.
Selon mes usages net et papier sont complémentaires, je tire l’information du web et l’imaginaire du papier. Impossible de réduire la lecture à la simple recherche de culture sur une thématique précise. Pour ma part la lecture papier reste aussi et surtout le besoin d’évasion, de se perdre dans une histoire, se laisser porter par des personnages.
Trop de pragmatisme briderait-il l’imaginaire ? (hum je m’égare…)

Des bisettes :)

Cyrille:
6 août 2008 à 17:13

Le mieux ne reste-t-il pas de consommer les deux, comme un livre sur le web 2.0 ou la lecture de Wikipedia en version papier ;p ? Trêves d’âneries, excellente note Olivier. A constater que pour l’heure ce très bon billet ne génère que 2 commentaires, le mien compris, la suite du débat pourrait s’orienter non plus sur la lecture mais l’écriture. La lecture de romans de « cape et d’épée » comme tu dis inspirait-elle plus l’épistolaire que les contenus web ? To be continued…

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