Blogs morts, médias sociaux mûrs, popularité et lifestream
Dimanche 9 nov 2008Depuis quelques semaines, j’ai du lire une bonne vingtaine de posts annonçant la mort du blogging. (là là là là ou là). On a l’habitude de lire ce genre de billets, mais là, j’ai l’impression que le rythme augmente pas mal.
C’est certain, bloguer n’est plus une idée originale. Tout le monde le fait, ou l’a déjà fait… et la portion de temps que l’on passe sur les médias sociaux (où au final on retrouve, toujours avec le même plaisir, les mêmes personnes) vient nettement amocher la santé du blogging international. La majorité des articles reprennent le même principe : une présence massive sur plusieurs médias sociaux rend l’acte de bloguer obsolète. (”So 2004″ comme ils disent chez Wired).
Beaucoup décrochent, d’autres ralentissent, d’autres n’utilisent plus que twitter et comparses.
Mais pour autant, doit-on réellement penser que le blogging est (encore) mort, remplacé par les médias sociaux ? Voici ce que je pense.
1/ Les médias sociaux ne tueront jamais le blogging
Pourquoi ? Simplement parce que même si facebook et compagnie offrent un support intéressant pour l’aspect social et conversationnel, le besoin d’expression n’est pas aussi bien supporté que sur un blog. Un blog c’est un espace à soi. Et même si justement, la vocation première des réseaux sociaux et d’offrir un espace “à soi” on se rend bien vite compte que cet “espace à soi” est un “espace comme celui des autres”.
En effet les médias sociaux les plus populaires ont tous un but précis. Ils sont “limités”. On vous “impose” des règles dès le départ :
Twitter ne nous offre que 140 caractères.
Facebook est très rigolo, mais je me vois mal bloguer et imposer mes billets à mes petits cousins.
LinkedIn est un réseau “professionnel”.
Delicious ne me permet pas d’écrire…
Comme le dit Geoff Sowrey de CriticalMass, toutes ces micro-interactions sont difficiles à coordonner.
“Most of them can provide only limited value due to specific focus (e.g. bookmarking, or current location) or limitation on the content (e.g. 140 characters for Twitter). This creates the nature of the microchannel ?? limited, specific content. Hopefully, you??ve already noticed the problem here. Microchannels ?? as cool and enticing as they are ?? are tricky to coordinate into a cohesive message.”
Là où je suis en désaccord avec lui, c’est qu’un blog n’est pas le seul moyen d’agréger tout ce contenu (facebook le fait, LinkedIn s’ouvre et friendfeed est très bien fait) … En revanche, c’est certainement le moyen le plus populaire, et celui qui permet, encore une fois, de donner la base cohérente et personnelle au message que vous voulez transmettre, c’est votre blog qui définit votre identité et votre présence.
2/ L’influence et la popularité ne sont pas la même chose
Fred Cavazza nous disait que les médias sociaux “diluaient” l’influence du blogueur. Une présence massive sur les outils alternatifs (comme twitter) avait pour effet de réduire l’influence du blog : moins de commentaires, de backlinks etc.
Je suis assez perplexe sur ce point… Oui, c’est vrai, les réactions et débats n’ont plus nécessairement lieu sur le blog. En cela, l’influence du blog est réduite. Mais quid de celle du blogueur ?
Si moi, Olivier Mermet, j’ai 400 followers sur Twitter, combien parmi eux sont des lecteurs de mon blog ? Moitié moins certainement. Donc, Twitter me permettrait de toucher différemment 200 personnes supplémentaires ?… mais peut-être que non :
Cedric nous offrait une piste pour différencier influence et popularité.
“Ce qui compte ne peut pas toujours être compté et ce qui peut être compté ne compte pas toujours”. Cette citation de Albert Einstein peut tout à fait être utilisée pour illustrer la différence entre influence et popularité.Une chose que l’on oublie c’est que l’influence ce n’est pas vraiment cela et que bien souvent il est utilisé pour signifier “pouvoir de diffusion” ou “popularité”. J’avais déjà abordé ce thème dans Qui influence qui ?
En effet, si je reprends le terme “popularité”, la définition est simple : elle se mesure sur une base quantitative.
On pourrait presque dire que c’est de la popularité que nait l’influence. Posséder une certaine popularité, à plus ou moins grande échelle, est un pré-requis pour que des lecteurs puissent croire en ce que vous dites.
J’ai beaucoup de contacts en ligne. So What ? Je suis populaire avec mes 500 amis ? Peut-être.
Influent sur facebook ? C’est moins certain que sur mon blog où j’échange sur un sujet spécifique.
3/ Les médias sociaux étendent la conversation (sérieux ? vous en doutiez encore?)
Cette vision me parait plus logique et plus porteuse. Greg nous parlait récemment “d’imbrication” des médias sociaux. L’interopérabilité entre les plate-formes: ce que vous dites à un endroit, peut être commenté, ou susciter des réactions à un autre endroit, en fonction des goûts de votre lectorat.
Si l’on reprend l’exemple récent de pepsi, on peut clairement voir que la conversation a pris forme partout. (Et que friendfeed a bien rempli son rôle d’agrégateur de conversations.)
Cela nous amène donc à la question suivante : le lifestreaming est-il en voie de remplacer le blogging ?
Le lifestreaming est une tendance émergente, visant à aggréger en un seul endroit toutes les activités en ligne. L’exemple typique étant friendfeed. En ce qui concerne la diffusion et le partage de contenu, je m’avance à répondre “peut-être” à cette question.
Je prends l’exemple de plusieurs personnes que je connais, virtuellement ou réellement, et je me rends compte que le blog devient plus un support “final” de notre activité en ligne, que le point central de celle-ci. Par exemple, feu Littlegirl n’est plus présente sur son blog, mais sa communauté l’a suivie sur facebook et autres. Charles a arrêté de bloguer, mais son activité sur Twitter et Soup.io n’a pas affaibli sa “popularité”. Gromain n’a même pas de blog (à se que je sache), et pourtant son activité en ligne est relativement importante.
Avoir un blog n’est plus essentiel pour avoir une présence en ligne. En revanche, je suis persuadé qu’il est nécessaire d’avoir un site central, où toutes les activités sont reliées et disponibles. Et le blog peut remplir cette fonction très facilement : gadgets de sidebar, boutons de votes, articles pour publier des vidéos etc.
4/ Je ne suis pas nécessairement la même personne en fonction du site où je suis
Et sincèrement, que celui qui fais toujours la même chose sur qu’il soit sur Facebook, LinkedIn, Twitter etc. me fasse signe.
De par leur vocation première, ces services orientent l’activité que nous auront. Si je me joins à un groupe de discussion sur LinkedIn, je n’agirais pas de la même façon que si je devais discuter du même sujet sur Twitter. Cela nous ramène une petite année en arrière, lorsque je vous parlais de l’étude de Gartner et de la génération V.
??While traditional wisdom has focused on customer identification for one-to-one targeted marketing campaigns, cross-selling and so on, the reality of people creating multiple anonymous personas (such as in Second Life or World of Warcraft), blogs, online communities (such as YouTube and Digg), and the sheer power of their influence means that every customer will have multiple online personas driving business relationships with companies.?
Pas de schizophrénie, pas de dédoublement de personnalité, mais plutôt une modification de nos attitudes en fonction du site visité.
Le temps où l’on définissait “médias sociaux” comme support de publicité est terminé. Chacun de ces sites a ses règles, et les utilisateurs ont un comportement différent sur chacun d’entre eux. Oui, l’interopérabilité aide à ce qu’un message soit transmissible partout. Mais le contenu du message, lui, n’est pas valide partout…
Conclusion
Bloguer n’est pas obsolète. En revanche, ne faire que ça oui. Le blog est peut être toujours le point central de votre activité en ligne, mais il est nécessaire d’aller chercher des audiences plus spécifiques, et de démarrer des conversations sur d’autres médias sociaux alternatifs.
En revanche, le blog, pour certains (dont moi) reste la base solide d’une activité en ligne cohérente. Si je devais choisir parmi mes présences en ligne, je dirais que celle qui me représente le mieux est celle qui transparait à travers mon blog. Dans sa conférence au Podcamp Montréal, Isabelle nous demandait QUI nous étions. Même si mon Lifestream (z’avez vu le nouvel onglet?) vous renseigne plutôt bien sur mes activités, mon blog, lui, est bien plus représentatif de ce que je suis, de par ce que j’y partage et ce dont j’y discute.
Et parce qu’on a tous en nous un petit côté David Amano, je me suis essayé à une représentation de tout ça…
Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à me faire parvenir vos réactions où bon vous semble. Mais les commentaires, c’est pas mal pour “grouper le tir”.










9 nov 2008 à 3:13
[...] viens de lire un billet assez interessant d’Olivier Mermet sur blog de nuit où il débat de la mort où non du blogging… et je [...]
9 nov 2008 à 10:45
Ce billet est très intéressant, mais je tiens à faire partager ce que je considère être comme une erreur terminologique fondamentale : un blog est un média social.
9 nov 2008 à 13:53
+1 avec tes propos.
Blogging is so 2004?
Magazines are so 1920, and books are so 1455 alors…
Faut pas déconner.
Blogger est devenu extremement mainstream, tout ceux qui s’y sont mis apres un article dans 20 minutes se déversent certes maintenant sur les autres social medias comme twitter ou facebook, mais ce n’est pas plus mal.
Reste à se débarrasser du bruit des blogs de buzz, et de toutes ces petites prostituées qui ne rédigent rien, ne font que du post sponso tout en se gavant d’adsense, et on est bon pour un back to the roots où ne resteront que des bloggers comme toi, qui postent uniquement par plaisir, parce que c’est, et cela restera l’essence du concept.
9 nov 2008 à 18:36
@Yann : oui on est bien d’accord, je viens de me relier et j’avoue ne pas être 100% clair sur ce point. On va donc parler de médias sociaux “alternatifs” pour parler des plates-formes émergentes.
@Lapravda : t’es un peu hardcore là
. C’est certain qu’en ce moment, pas mal de daubes se crééent, mais la mentalité “back to the roots” c’est pas mon fort. Au final, ces blogs qui font du bruit finiront bien par se détruire eux-mêmes…
9 nov 2008 à 22:06
Je n’avais pas vu ton poste et en fait je suis d’accord et pas d’accord avec toi !
D’accord car pour moi il est évident que les blog reste le point central de ma présence sur le web et que rien ne peut remplacer cette page personnelle (vraiment personnelle même dans son design).
Pas d’accord car il faut mettre en lumière ce qu’est le blogging dans sa grande majorité c’est à dire l’équivalent d’un skyblog.
Pour qq un qui n’a rien à dire alors effectivement le blog est vraiment “so 2004″ car via twitter et facebook ou flickr, on s’en sort très très bien.
Du coup, je crois que l’on va assister à une réduction drastique du nombre de blogs mais que ceux qui vont perdurer seront plus qualitatif au final.
9 nov 2008 à 22:14
Billet vraiment intéressant !
Je pense tout simplement qu’on arrive à une “épuration” (les guillemets servent à en enlever la connotation politico-elitiste…).
Il y a différentes sortes de blogs. Les blogs intimes (qui s’assimilent aux journaux intimes) où les rédacteurs évoquent leur vie, leur ?uvre, avec un brio littéraire parfois contestable.
Et raconter sa vie, ca peut se faire en 140 caractères sur Twitter, heure par heure, la facilité et la réactivité en plus. Facebook propose aussi bien cette fonctionnalité, avec photos et wall dédiés.
Mais d’autres blogs ont pour ambition de traiter un sujet spécifique et de façon plus ou moins profonde. Qu’il s’agisse de l’actualité du marketing, de critiques de cinéma construites, ou de philosophie Kantienne, le blog permet d’archiver de réels contenus de réflexion et d’explicitation.
On peut émettre une idée intéressante sur Twitter, mais rarement expliciter toute la profondeur qu’on y accorde. Un blog le permet.
En ce sens, je pense que le blog est voué à n’être “utile” qu’aux individus qui ont l’envie, la volonté, le temps, la rigueur, l’obligation,… de partager un contenu intellectuel ambitieux (pour le coup, on peut sûrement laisser la connotation élitiste) requérant la place pour au moins 1000 caractères, soit un feuillet en somme.
Ce serait marrant à tester un Kilo-twitter. Un medio-blog, de 700 à 1000 caractères ; pas moins, pas plus.
PS : Concernant le billet de Gregory, j’ai déjà laissé un commentaire chez lui pour proposer mon billet sur le même sujet. Considérant que je tiens pas à saturer la blogosphère avec mon auto-pub, je renvoie à chez lui pour ma réflexion quant à la redondance des micro-médias sociaux.
9 nov 2008 à 23:24
super billet Olive, je vais essayer de me pencher sur ta reflexion dès que je trouve un peu de temps.ciao
10 nov 2008 à 3:21
@Yann Lebout un blog est un média personnel, social s’il est ouvert aux commentaires, mais d’abord personnel car il n’invite pas tout le monde à écrire des billets et à créer des comptes mais seulement dans les commentaires ce qui me semble très différent…
Concernant l’epuration : n’importe quoi aussi, il y a toujours de nouveaux blogs qui se créent même si certains meurent …Bref
27 mai 2009 à 23:17
[...] Et puis : Même si facebook et compagnie offrent un support intéressant pour l’aspect social et conversationnel, le besoin d’expression n’est pas aussi bien supporté que sur un blog. Un blog c’est un espace à soi. Et même si justement, la vocation première des réseaux sociaux et d’offrir un espace “à soi” on se rend bien vite compte que cet “espace à soi” est un “espace comme celui des autres” Olivier Mermet, Blog de Nuit. [...]