Facebook : un pas en avant, trois pas en arrière

Ce n’est pas un scoop, ni une nouvelle capitale, mais j’ai pensé qu’il était nécessaire de partager avec vous mon opinion sur l’abandon des nouveaux termes d’utilisation de Facebook, annoncé avant-hier.

Je l’avais parié. Je l’avais dit autour de moi, j’en étais persuadé : lorsque le 4 février dernier, Facebook annonçait un changement dans ses termes d’utilisation, les utilisateurs allaient remettre cette proposition en question. Il en avait été de même pour le projet de monétisation « beacon » il y a quelques mois, ainsi que pour la création du « news feed », plus anciennement. Dès lors que ce changement touchait à la confidentialité, et aux droits des utilisateurs sur les données, il y aurait des conséquences. C’est systématique. c’est un peu comme les grèves générales en France à l’annonce de réformes importantes.

Cela me rassure, et me gène un peu. En effet, même si les changements effectués étaient « mineurs », et ne tenaient en fait qu’à la « possession » des données, ils ont tout de même réussi à faire lever les voix d’utilisateurs effrayés. (Dieu seul sait pourquoi). En revanche cela a permis, entre autres, de renouveler l’esprit et la ferveur démocratique qui règne sur le réseau social le plus large du monde. Mais, ça, c’est une autre histoire.

Ce qui me gène, c’est que c’est un article d’une association de consommateurs, qui a jeté un pavé dans la mare, plus d’une semaine après l’annonce des changements, de la façon la plus stupide qui soit, avec de gros titres accrocheurs, histoire de bien foutre la peur au ventre des utilisateurs les plus naïfs. Les raisons d’une mise à jour étaient nécessaires, et celles-ci n’étaient pas forcément plus mauvaises que les premières.

Comme le dit Mark Zuckerberg :

« People want full ownership and control of their information so they can turn off access to it at any time. At the same time, people also want to be able to bring the information others have shared with them—like email addresses, phone numbers, photos and so on—to other services and grant those services access to those people’s information. These two positions are at odds with each other. There is no system today that enables me to share my email address with you and then simultaneously lets me control who you share it with and also lets you control what services you share it with. »

Comment peut-on vouloir disposer pleinement de TOUTE l’information nous concernant, tout en voulant, dans un même temps, contrôler ladite information rendue disponible à d’autres parties (sites, personnes, services) au moment où l’on se désinscrit ?

C’est comme si l’on effaçait les « retweets » lorsqu’on coupait son compte Twitter, ou qu’on effaçait tous les emails envoyés avec une adresse mail, même dans la boite des destinataires.

Le New York Times explique :

Facebook moved swiftly to say it was not claiming to own the material that users upload. It said the terms had been updated to better reflect user behavior — for instance, to acknowledge that when a user deletes an account, any comments the user had posted on a page remain visible.

Et là encore, on a frôlé le procès (toujours vie la Times) :

The Electronic Privacy Information Center, along with 25 other consumer interest groups, had planned to file a complaint with the Federal Trade Commission on Wednesday. The complaint was going to claim that Facebook’s new rules were unfair and deceptive trade practices, because the company had repeatedly promised users that they owned their content but appeared to be saying something else in its revised terms.

C’est encore une fois l’histoire du beurre, de l’argent du beurre et de la crémière. Entre le désir de vouloir d’une part partager, de profiter des fonctionnalités avancées d’un site comme Facebook, des opportunités sociales / amoureuses / professionnelles qu’il offre, et de l’autre part, avoir un contrôle TOTAL de TOUTE l’information qui y transige, le choix est vite fait quand on voit les courbes d’adoption. Et la notion de « vie privée » s’éteint peut-être en ligne, mais aux dernières nouvelles, personne de force personne à diffuser du contenu.

Si vous avez encore un petit doute, Jean Marie a fait une traduction et une analyse très consistante du problème.

Pour conclure sur les conditions d’utilisation, et l’importance qu’elles ont auprès du Grand public (et pas seulement les lecteurs d’un consomag somme toutes bâtard) je reprend du contenu d’ Écrans :

En quelques heures, près de 30000membres se sont déjà inscrits au groupe lancé par Zuckerberg. Le nombre devrait continuer à grimper au fil des jours (ndla : on est plus de 80000 là) , mais rien n’indique qu’une fois inscrits, les utilisateurs se mobiliseront sérieusement. A titre d’exemple, les 155256 membres du groupe « Contre les cons qui restent immobiles à gauche sur l’escalator » n’ont guère fait preuve d’utilité face au problème crucial qu’ils dénoncent.

PS: Quand on voit le nombre d’abrutis, et la « hauteur » à laquelle volent les messages sur le groupe censé parler des GCU, on se rend compte que le crowdsourcing sur Facebook, c’est  pas vraiment ça…