Foursquare : Check-in VS Tracking : deux concepts très distincts

En lisant l’excellent post de Bits (le blog dédié aux technologies sociales du New York Times, une référence que je vous conseille) sur le check-in j’ai réalisé un truc.
La plupart du grand public voit en Foursquare et autres services de Géo-localisation, le modèle du « tracker », du « mouchard », de ce petit boitier espion qu’on place sous les voitures dans Mission Impossible. Certains services s’inscrivent en effet dans la démarche de diffuser de façon constante la localisation des utilisateurs (Loopt est l’exemple mentionné par le NYT), mais ce n’est pas une vérité absolue.
En effet, les services basés sur le « check-in » (si vous trouvez une adaptation décente en Français faites moi signe) comme Foursquare Yelp et Gowalla, bien qu’ils diffusent de l’information sur la localisation, ne sont en aucun cas des mouchards. Toute la finesse de ces service repose sur le fait que l’action est générée par l’utilisateur, et non de façon automatique. Cela permet de dégager plusieurs autres principes sous-jascents. Pour l’instant, je vois l’attachement à la marque (ou la boutique, l’endroit, le service ou le produit), le sentiment perçu (agréable/désagréable) et la recommandation, et enfin l’incentive, le gain tangible.

L’attachement à la marque

Un « check-in » est une micro-interaction. C’est l’équivalent, en termes d’effort à fournir, d’un court twitt, d’un « like », d’un « devenir fan » ou d’un statut sur Facebook, d’un « favoris » sur Youtube, ou d’un « partager » sur Google Reader. C’est une action si annodine en soi, que sa véritable valeur tient dans la motivation de l’usager à l’exécuter et non pas dans l’exécution.
L’attachement à la marque/lieu/produit se traduirait donc par la possibilité d’annoncer sur Foursquare que l’on se trouve, par exemple à la Boutique Point G, entrain de déguster un macaron au citron de Sicile. C’est aussi un moyen de montrer son adhésion, ou de clamer son style de vie. L’action ainsi déclenchée donne de la valeur à la localisation, et l’endroit n’est plus qu’un renseignement supplémentaire pour les personnes qui seraient intéressées, tout comme la géo-localisation n’est qu’une aide pour l’utilisateur à trouver de façon rapide l’endroit qu’il cherche à plébisciter.

Le sentiment perçu

J’avais déjà abordé dans un de mes premiers billets sur Foursquare, que la volonté de checker-in pouvait dépendre du sentiment, positif ou négatif, généré par une visite dans un lieu dit. La différence avec l’attachement, c’est que l’attachement générera un éventuel Check-in si une relation antécédente existe entre l’endroit et l’utilisateur. Le sentiment perçu, c’est quelque chose de spontané, un truc qui se produit pendant le passage dans le lieu. Plus ce « quelque chose » sera fort, plus la propension à checker-in le sera.
À la différence des services de tracking, le partage de sentiment perçu ajoute une nouvelle fois de la valeur à l’action de révéler sa position : la dimension « recommandation », le « allez vérifier par vous-même ». Et encore une fois, la machine géo-localisante jouera son rôle utile, en fournissant à qui le voudra les renseignements nécessaires : la révélation de la localisation en soi n’est pas le but premier.
Petit rappel illustré :

L’incentive, le gain tangible

Pour motiver les usagers, rient ne vaut la possibilité de faire vivre l’expérience, gratuitement si possible. Aujourd’hui même, Comscore a révélé que la principale motivation d’un utilisateur à rejoindre une page de fan sur Facebook était la possibilité d’y obtenir des promotions.

Si l’on considère le « check-in » comme une micro-interaction, et donc une action similaire au « become a fan » en termes d’investissement personnel (c’est à dire quelques secondes), l’incentive sera certainement une des meilleures méthodes pour que les usager révèlent peur position, qui plus est, en y ajoutant plusieurs degrés d’intérêt collectif : le fait de pouvoir essayer un produit (pour stimuler le sentiment perçu), le création d’un lien affectif entraînant peut-être un éventuel retour (la création d’une première interaction avec le lieu, donc un sentiment d’attachement) et enfin, la simple gratuité, dont on peut partager l’adresse avec nos amis (qui dit non à quelque chose de gratuit ?). Les fonctionnalités de Foursquare intègrent plutôt bien l’aspect promotionnel, puisque des notifications sont envoyées si une promotion dans un lieu proche est en cours. Je doute qu’un service de tracking automatique puisse attirer des personnes intéressées par des promos…

Conclusion

Nous sommes toujours dans une phase embryonnaire pour ce type de service, et si la simple surface de Foursquare et consors, c’est à dire « partager une localité » est le seul atout que nous sommes capables de mettre en avant je doute que le service prenne un jour son envol. Qui plus est, le check-in n’est pas encore devenu un « réflexe » comme le mentionne le co-fondateur de Gowalla, et il faudra encore pas mal de temps avant d’atteindre un usage régulier et massif de ce type d’interaction.

One of the drawbacks to the check-in model, as opposed to constant tracking, is that people have to remember to use a service, said Josh Williams, co-founder of Gowalla, a location game. Gowalla revolves around finding virtual objects in real-world locations, something like a scavenger hunt.

“Just as people had to get into the habit of tweeting, they’ll have to learn the habit of checking in,” Mr. Williams said.

Si on ne voit que la donnée géographique, on risque de passer à côté des motivations humaines à partager l’adresse d’un lieu, de le recommander, d’affirmer son adhésion, ce qui reste à mon goût le véritable force des services de ce genre…

Pour les gens qui check-in dans le Métro : je ne vous comprendrai jamais. Je l’ai fait, mais je n’y vois strictement aucun intérêt (sauf si on offre des échantillons en bas des escalators). En fait si : secrètement, je dois rêver d’être le maire de la station Berry-UQAM.