Nouveautés Facebook : Mythes et réalités
Depuis les annonces qui ont été faites par Mark Zuckerberg à la conférence F8, on lit un peu tout et n’importe quoi, sur un Facebook omniscient, et autres fables bigbrothero-orwellienne.
L’OpenGraph Protocol permet à Facebook de collecter des données sur n’importe quel site web, par l’intégration d’éléments comme le « bouton like ». Ces éléments, et la récupération de datas, certes d’ordre personnelles, créent néamoins une polémique autour du respect de la vie privée que je trouve très peu justifée :
Dans la logique de l’Open Graph, il ne faudra toutefois pas oublier que ce qui est public sur Facebook pourrait aussi l’être sur l’ensemble des sites partenaires du réseau, même s’il faudra attendre d’observer des implémentations concrètes du dispositif pour mesurer les risques éventuels concernant le respect de la vie privée.
Le combat s’intensifie donc avec d’un côté les défenseurs de la vie privée, qui rappellent que c’est là un droit fondamental des citoyens, et de l’autre l’industrie du Web 2.0, pour qui la commercialisation de ces données auprès de tiers, principalement des acteurs du marketing, est une mine d’or potentielle, seule susceptible de contrebalancer les coûts immenses engendrés par les infrastructures techniques du réseau au 400 millions de comptes.
J’ai toujours pensé, et je pense toujours que la vie privée en ligne d’UN individu, n’a pas de valeur en soi. En revanche, la collecte de l’activité potentielle de 450 millions d’utilisateurs, ça, ça a nettement plus de gueule. Est-ce néfaste pour la vié privée ? Pas réellement. Si les données collectées sont d’ordres privées, l’utilisation de ces données, elle, n’est créatrice de valeur que par un grand nombre, et n’est en rien néfaste pour la sécurité des données d’un seul ou d’un petit groupe d’individus.
Pensez-y : quand on parle de vente de données à des tiers, on ne parle pas d’une base précise, expliquant que monsieur Michaud a parlé de son chien avec madame Pastoul, mulitplié par 400 millions. Non, on parle de données aussi précises qu’un sondage ipsos qui vous demande pour qui vous avez voté. (Désolé pour les gens qui lisent ça et qui s’appellent Michaud ou Pastoul). J’élargis le trait, et les données récoltées sont certaines fois plus précises que l’exemple donné, mais en rien elles n’ont de valeur, quand elles ne concernent que l’individu. La problématique réelle n’est pas de savoir que le fils de tel ou tel ministre a exposé son postérieur, mais plutôt de savoir si oui ou non une entreprise comme Facebook peut récupérer du capital financier avec la masse de données produites par les internautes.
J’aurai pu réinventer la roue en vous exposant encore mon point de vue, mais je vais me contenter de citer un article récent de Christophe Bénavent, dont j’approuve les idées de A à Z :
C’est le volume des données qui compte et non leur qualité. Non pas le nombre de informations individuelles, mais la taille de la population. La richesse de Facebook réside moins dans la connaissance, que dans l’ampleur de la base, qui lui permet avec des méthodes primaires, de mettre sur le marché un très grand nombre d’opérations de communication un peu plus profitables.
En aucun cas la privacy n’est atteinte, et il est peu de chance que ce soit la qualité et la force du discours qui fassent les ventes, en convaincant mieux, la seule vertu qui s’exerce est de savoir se rapprocher de ceux qui ont besoin de nous, et de mieux sélectionner ceux avec qui on a des affinités.
Le reproche que nous pourrions faire aux médias sociaux est de pirater la valeur des données personnelles . La réalité des réseaux sociaux n’est pas Orwelienne, elle est celle des pirates, ceux qui revendent une marchandise qu’ils n’ont pas payée. Il n’y a pas de problème de privacy au sens où des droit fondamentaux sont violés, il y a un problème de contrôle économique des données personnelles. L’inégalité provient de ce qui vaut peu pour tous, peut valoir quand ce peu est accumulé par un seul. C’est le savoir faire de Facebook. L’innovation du Web2.0 c’est l’UGC, cette trouvaille de faire financer la production par les consommateurs. L’enjeu est un droit à la rente. Le droit pour lequel il faut se battre, n’est pas que le droit à contrôler l’utilisation des traces que l’on laisse, mais le droit au revenu qu’il peut générer.
Le problème éthique que pose la récupération massive de données ne tient donc pas au respect de la propriété privée individuelle, mais bien collective. Si l’on prend les choses dans un autre sens, et considérant les coûts engendrés par l’exploitation du site par 400 millions de personnes, plus les entreprises qui y développent leur business, peut-on considérer la vente de ces données comme un bien essentiel au bon fonctionnement, au développement, et à l’amélioration de Facebook ? L’accord est tacite à mon sens : j’utilise le site de façon quotidienne, et laisser Facebook exploiter mes données et celles de 450 millions d’usagers, sans aucun problème individuel, c’est un peu nous permettre à tous de continuer à l’utiliser.
Le problème, c’est que si on nous demandait le droit d’utiliser ces données, 90% des gens croiraient que c’est pour vendre les photos de nos amis à Coca. Sans déconner…
