Groupon, radins et pourboires

Groupon a beau être décrit comme étant une véritable machine de guerre au niveau business, il n’en reste pas moins que son utilité et son efficacité semblent être fortement décriées, surtout du côté des petites boites qui l’utilisent. Ne parlons même pas des clones, et intéressons-nous un peu à ce qui se dit chez les plus grands :

“Most of the Grouponers are deal seekers,” one restaurant owner said during a survey I conducted of 150 businesses that used Groupon from June 2009 to August 2010. “They felt entitled to special treatment, didn’t spend more than the price of the Groupon item itself, and didn’t tip.”

Utpal M. Dholakia - HBR

Radins, qui ne laissent pas de pourboire, et qui ne reviennent pas. Ça commence bien.

Cette étude intitulée « How effective are Groupon promotions for small businesses« , en rajoute une couche quand à la durée de vie des clients apportés par les sites de group buying, mais tend à dédramatiser : presque deux tiers des promotions effectuées via Groupon SONT en effet rentables pour ces entreprises, mais pour des raisons bien différentes de ce que l’ont pense à priori.

Dans ce papier assez fascinant, le professeur Dholakia a observé sept facteurs susceptibles d’influencer l’efficacité d’une promotion sur Groupon, à savoir :

  • Le nombre de Groupon vendus
  • La valeur du Groupon
  • Le % déduit du prix initial
  • L’efficacité dans l’atteinte de nouveaux consommateurs
  • Le % d’utilisateurs ayant acheté plus que la valeur du Groupon
  • Le % d’utilisateurs de groupon qui sont revenus
  • La satisfaction des employés face au deal

Si vous deviez deviner lequel de ces facteurs est plus révélateur, statistiquement, de l’efficacité d’un deal de masse, vous feriez certainement erreur.

Les employés sont la clé de tout. En effet, aux États-Unis comme au Canada, la paie d’un employé (hôtesse, serveur…) est largement définie par son pourboire. Le dit pourboire est généralement calqué sur la dépense faite lors de l’activité, et la norme veut qu’on laisse plus ou moins 10 à 20 % de ce que l’on dépense. Hors, Groupon ou non, le service est le même. Et malgré tout, une serveuse qui sait qu’elle va gagner moins d’argent pendant une soirée est une serveuse fâchée. Et une serveuse fâchée, c’est généralement un client qui ne revient pas. Et un client qui ne revient pas, c’est probablement un des principaux arguments de Groupon qui tombe à l’eau.

Il existe pourtant plusieurs méthodes pour se prévaloir de ce genre de situation (compenser le tip de l’employé, par exemple). Je reste pour ma part persuadé que les deals du genre sont une réelle innovation dans nos modes de consommation. On appelle ça du group-buying, mais l’essence du modèle est basée sur la promotion initiale, et pas vraiment l’effet de masse. Le tout, pour une petite boite,  c’est d’être bien conseillée, notamment dans le choix de la réduction de départ. Avec Google qui prépare son service, et qui laisserait 80% des gains aux promoteurs (contre 50% uniquement pour Groupon), il y a fort à parier que ce genre de deals devienne non seulement plus fréquents, mais plus abordables pour ceux dont les marges sont réduites. Un peu comme une période de solde à l’année longue.

Si en général l’apprentissage des bonnes pratiques dans la sphère des internets se fait du côté des annonceurs, avec les deals du genre, c’est au consommateur de faire un petit retour aux notions de base. Ces deals coûtent de l’argent aux promoteurs, et à leurs employés. Je veux bien qu’on soit en fin de crise, mais quand même, si vous voulez continuer à collectionner des coupons de 50%, soyez sympas :  Tip your waitress.