L’art de l’anonymat
M00t, a.k.a Christopher Pole, a.k.a le fondateur de 4Chan, a fait hier lors de sa conférence au SXSW, l’apologie de l’anonymat en ligne, et de ses vertus en matière de créativité.
There’s no risk of failure, so experimentation flourishes. “The cost of failure is really high when you’re contributing as yourself,” he said. “Those mistakes are attributed to who you are.”
Anonymity, in contrast, allows people to be creative, and poke and prod and try things they might not otherwise. “Anonymity is authenticity,” said Poole. “It allows you to share in a completely unvarnished, unfiltered, raw way.”
Souvent, on fait un amalgame entre identité et confiance. On a tendance à penser qu’on ne peut accorder de crédit qu’à des personnes qui révèlent leur identité. C’est un peu vrai : lorsqu’un commentaire de blog anonyme est insultant, on ne répond généralement pas. Mon impression principale, c’est qu’on se prive de l’anonymat, car beaucoup trop souvent, on a pu voir des abus. Certains penseront que /b/ le forum complètement libre de modération de 4chan, fait partie de ces abus… Mais on semble oublier que tout ce qui nous fait marrer vient de là (lolcats, trollface et autres), et que personne ne saurait donner le nom et le prénom d’un contributeur en particulier.
La préservation de l’anonymat, dans certains groupes en ligne, est cruciale pour l’essence même et pour la « survie » du groupe, car le risque risque absolument nul entraîne moins de réticence à contribuer.
Je pense aux forums de législateurs qui ont été utilisés dans l‘étude de Wasko & Faraj (2005) sur les problématiques de contribution. Ces législateurs peuvent théoriquement risquer une partie de leur carrière en contribuant auprès de collègues qui ne travaillent pas dans les mêmes bureaux d’avocats. Je pense à Joe la Pompe, dont la préservation de l’anonymat lui permet de conserver une certaine crédibilité dans les agences parisiennes, sans être accuser de trashtalk ou de collusion. Je pense à maître Éolas, et à tous ces blogueurs anonymes qui se sont quand même construit une solide réputation, même si leur nom n’apparaît nul part, même si « leur cou n’est pas sur le rail » pour traduire l’expression de Robert Scoble.
Révéler son identité n’est pas nécessairement la clé vers l’acquisition de la confiance, ni de la considération d’un groupe. L’identité dévoilée peut être le pire des freins à une contribution constructive. Il existe cependant d’autres indicateurs très révélateurs du point auquel une contribution dans son ensemble est significative : la durée de l’activité d’un individu, sa réputation, son volume de contribution (oui, les étoiles sous le pseudo, dans les forums) etc. La confiance, élément central du Capital Social, élément crucial au bon déroulement d’une activité de groupe à long terme, ne se créé pas nécessairement sur la base d’une identité dévoilée.
Par contre, c’est très mauvais pour le personnal branding, mais ça, on s’en fout un peu.