L’entorse

J’ai rouvert le back-office de WordPress ce soir, et j’y trouve comme un goût de poussière. Comme une maison de vacances qui n’a pas été visitée depuis des mois.
L’entrée dans la vie active est certainement plus demandante en ressources physiques et morales, ainsi qu’en motivation, que je n’aurai pu le penser.

Comme beaucoup de blogueurs que je respecte ou que j’admire, j’ai fait preuve de faiblesse au cours des derniers mois. J’ai lâchement abandonné ce support qui m’a pourtant tout apporté. Je l’ai délaissé au profit d’autres outils, toujours plus nombreux, plus simples, plus rapides ou plus mobiles qui comblaient mieux ce besoin fondamental de tisser des liens sociaux et de partager de l’info. Là où d’autres ont décidé il y a plusieurs années de lâcher leur blog au profit de ces nouveaux outils, je n’ai jamais su renoncer définitivement à tout ce que j’avais pu y construire.

Il y a six mois, je tenais le même discours, sans me poser fondamentalement de questions sur ce qui avait pu créer cette lassitude. Je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul. (Michelle, j’espère que ce n’est pas contagieux, je pense que l’on souffre du même syndrôme).

Il y a quelques jours, Hugh MacLeod nous donnait une réponse : la facilité. La paresse.

Pas la facilité d’entretenir un blog. Au contraire. La facilité avec laquelle il est aujourd’hui possible de faire en surface, la même chose que sur un blog il y a cinq ans, grâce aux « nouveaux » outils. Et c’est une bonne chose que la grande majorité des internautes soient aujourd’hui de fervents adeptes de ces outils. Mais pour qui a déjà goûté à l’indépendance, à la liberté d’écrire 300 ou 2 lignes, et le sentiment d’être sur son espace, il faut avouer que Twitter, Facebook et compagnie ont un peu l’air d’une chambre de Motel face à une suite au Ritz.

Ma mère me disait toujours qu’il vallait mieux avoir un petit chez-soi qu’un grand chez-les-autres. C’est exactement le sentiment que j’ai aujourd’hui.

Because Facebook and Twitter are too easy. Keeping up a decent blog that people actually want to take the time to read, that’s much harder. And it’s the hard stuff that pays off in the end.
Besides, even if they’re very good at hiding the fact, over on Twitter and Facebook, it’s not your content, it’s their content.
The content on your blog, however, belongs to you, and you alone. People come to your online home, to hear what you have to say, not to hear what everybody else has to say. This sense of personal sovereignty is important.

Hugh MacLeod

Mais c’est encore plus important d’avoir un chez-soi où on peut développer sa pensée critique, ses contenus, atteindre des objectifs d’affaires, mesurer et solidifier ses relations avec son lectorat premier. Ce lieu est mon blogue et je l’ai négligé.

Michelle Blanc

L’analogie que l’on faisait des médias-sociaux il y a quelques mois était celle de la chambre d’écho. Aujourd’hui, l’écho s’est un peu transformé en larcen. En lisant mes flux RSS, en dix minutes, je peux deviner d’avance qui va poster quoi sur Twitter. C’est lassant. C’est lourd.

Mon blog est un muscle, que je n’ai cessé d’entraîner pendant quatre ans. Il est blessé aujourd’hui. Je ne m’en sers presque plus, et je vois très bien que cela me manque de m’endormir le soir, sans ce sentiment d’avoir accompli quelque chose. Je suis engourdi, plâtré. Une bonne grosse entorse du cortex. Ma pensée critique se fond dans celle de la masse, et sans aucun fond de dédain ou de snobisme je n’aime pas cela. Je me sens moins affûté.

Twitter et Facebook ont été de bonnes béquilles pour quelques temps, mais la rééducation ne fera pas seule. Je ne les abandonne pas. Mais si je ne ralentis pas un peu, je vais finir dans un fauteuil roulant.

Une petite douche, et on reprend l’entraînement.